Vendredi 1er novembre.
Soixante-et-unième jour : Rome est à 33 kilomètres.
C’est à peine croyable, si tout se passe bien ce soir je serai à Rome ! D’après le guide il ne resterait qu’une trentaine de kilomètres. Je me sens capable de les faire d’une traite. La proximité du but me dope. De ma chambre j’aperçois une succession de collines émergeant de la brume matinale et j’image Rome au loin, en arrière-plan, c’est magnifique, c’est magique. Mentalement j’y suis.
J’ai pu obtenir une place à la Spedale della Provvidencia. J’ai de la chance, c’était la dernière adresse sur ma liste d’hébergements, toutes les autres possibilités étaient complètes sans doute du fait de la Toussaint. Il aurait fallu réserver deux jours à l’avance, mais ils ont bien voulu m’accepter, par contre on ne peut y rester que deux nuits, j’espère que cela sera suffisant pour organiser mon retour. C’est un signe, tout se présente bien.
À l’accueil au moment de régler, petite surprise on me demande 50 euros pour la chambre alors qu’en principe c’était moitié prix pour les membres de l’AIVF. L’homme à la réception, en fait celui qui m’a transporté hier soir, dit n’être pas au courant et ne veut rien entendre. Inutile de s’énerver. Soyons philosophes. La chambre était spacieuse, l’accueil agréable, les repas bons et copieux, sans oublier la navette d’hier soir, et les nuits prochaines seront en offerta, en libre participation, ce qui fera une moyenne. Il m’explique comment rejoindre la Via Francigena et nous nous quittons en bons termes.
La brume se lève et il fait beau. Ce matin mon sac me paraît lourd ce qui n’est généralement pas bon signe, il faut dire qu’hier l’étape était relativement importante. Aujourd’hui cela va être à peu près du même ordre, la trentaine, mais la monture sent l’écurie, elle va donner son maximum. De plus ils accueillent jusqu’à 22 heures, il suffira donc de prendre son temps. J’ai toujours les biscuits et les pommes approvisionnés hier et donc pas besoin de m’arrêter dans un bar, cela permettra de gagner un peu de temps.
Hier soir j’ai reçu des messages d’Agnès et d’Alexandra qui se demandaient si j’étais arrivé. C’est vrai que j’avais annoncé vouloir arriver fin octobre. À un jour près j’espère qu’elles me pardonneront d’avoir eu cet excès d’optimisme. Quoi qu’il en soit j’avoue que ces sollicitudes me touchent et m’encouragent.
7 h 50, peu après être passé sous la SS2 au niveau d’un centre commercial, perdu dans mes réflexions, j’entends soudain quelqu’un qui m’interpelle : « Dove vai così ? », « Où est-ce que vous allez comme ça ? ». C’est un homme dans son jardin qui me fait comprendre que le chemin n’est pas praticable, qu’il est coupé par un ruisseau à fort débit. Effectivement mon guide signale un gué qui donc, actuellement, ne doit pas être viable. C’est un problème récurent : le guide ne propose pas d’alternative dans ces cas-là. Heureusement mon interlocuteur m’explique comment contourner l’obstacle.
9 h 10 ça y est j’ai rejoint le chemin « officiel » ce qui va me faciliter la tâche.
10 heures, je viens de terminer, à pied, la partie de la SP12a que mon guide conseille de faire en bus. Il est vrai que c’était un peu stressant, mais pas pire que d’autres routes déjà empruntées. Peut-être ai-je bénéficié d’un trafic de jour férié avec beaucoup moins de voitures que d’habitude ? Je suis soulagé, j’appréhendais un peu ce passage décrit comme très dangereux par le guide, donc c’est fait. J’avance. En ce moment je foule d’anciennes voies étrusques, toujours aussi caractéristiques… et paisibles.
11 h 15, me voilà à La Storta. La circulation automobile y est intense, un contraste saisissant après le calme de la traversée du Parco di Veio avec ses sépultures étrusques, ses petits ruisseaux, ses cascades, ainsi que ses vestiges médiévaux. Mon GPS me propose un itinéraire de 16 kilomètres jusqu’à Rome, alors que mon guide en annonce une vingtaine, mais cela en vaut sans doute la peine plutôt que de côtoyer ce vacarme.
12 h 30, je viens de faire une pause sur un banc dans un petit parc près d’un immeuble, à trente mètres de la route, à l’écart des gaz d’échappement et suffisamment loin pour atténuer le bruit des voitures roulant au pas, à touche-touche, sur deux files : c’est le départ pour le grand week-end de la Toussaint. J’y ai englouti toutes mes provisions, tartelettes et pommes, mon sac est plus léger. J’ai décidé de couper au plus court et, un peu par hasard, je me retrouve sur le chemin officiel, en tous cas sur un chemin balisé, la via Trionfale, pas besoin de traduction : il fallait bien ça pour célébrer cette arrivée. Ce n’est pas le terrain idéal pour la marche, surtout avec tous les trottoirs qu’il faut descendre puis remonter à chaque croisement, mais au moins je ne peux pas m’égarer. Du coup je ne passerai pas par la réserve naturelle de l’Insugherata. Tant pis, j’ai hâte d’arriver. Il fait toujours beau, même chaud.
13 h 30, toujours sur la via Trionfale, grand silence, comme par miracle la voie est déserte, les voitures ont disparu. Mais il faut que je me calme, est-ce la chaleur, une collation trop vite avalée, une allure trop rapide dans mon impatience d’en finir, j’ai le diaphragme qui se contracte, qui a des spasmes. Je ralentis.
14 h 30, tout est rentré dans l’ordre, tout va bien, d’autant plus que depuis le Monte Mario je viens d’apercevoir le dôme de la Basilique Saint-Pierre de Rome à travers les arbres.
14 h 45, la via Leone IV faisant suite à la via Trionfale, m’a conduit au pied des remparts de la cité du Vatican. Jusqu’ici Rome était comme désertée, mais désormais la foule se densifie. Simples touristes ou pèlerins convergent vers la Basilique ou en reviennent entre deux haies de marchands ambulants qui tentent de les attirer. Un peu plus loin je croise mon premier Garde suisse avant de déboucher sur la Place Saint-Pierre autour de laquelle les gens font la queue pour entrer dans la Basilique. J’y suis ! Inutile de me joindre à la file d’attente, mon sac ne passera jamais les contrôles de sécurité. Je reviendrai demain. En attendant je savoure l’instant sous l’œil bienveillant de la statue de Saint Pierre. Puis je partage ce moment avec tous ceux qui m’ont soutenu à commencer par Hélène. Et, à ma façon, je rempli mes promesses de prier à mon arrivée pour les personnes qui me l’ont demandé.
Ensuite, accompagné d’un flot ininterrompu de touristes, j’emprunte la large via della Conciliazione qui fait face à la Basilique à la recherche du Bureau des Pèlerins pour y retirer mon Testimonium, ce certificat qui est délivré à tous les pèlerins qui sont arrivés à Rome après avoir parcouru au moins cent kilomètres à pied ou deux cents en vélo. Contrairement à Compostelle il n’y a pas de queue, je suis le seul, et pas de questionnaire à remplir, je tends ma crédentiale et « hop » un coup de tampon y est apposé puis on me remet le « précieux » document. L’opération a duré à peine cinq minutes sans aucun échange si ce n’est les « Bonjour », « Merci » et « Au revoir » de rigueur. Je me sens un peu frustré, banalisé. Même si ce document n’est que symbolique d’une certaine manière il concrétise tout ce périple, tous ces efforts, toute cette aventure, alors qu’eux répètent ces gestes à longueur de journée, à longueur d’année. Cela démontre bien, s’il en était besoin, que l’on n’accomplit cela que pour soi.
Il me faut désormais rejoindre mon hébergement situé dans le quartier Trastevere. Je pourrais suivre la rive droite du Tibre, mais je me laisse paresseusement entraîner par le flot joyeux et nonchalant des touristes qui m’emporte jusqu’au pied du Castel Sant’Angelo puis sur le pont qui lui fait face dont les trottoirs, là aussi, sont envahis par des vendeurs à la sauvette de souvenirs en tous genres. À l’approche de l’île Tiberine où je compte retraverser le Tibre, je vois les gens courir avec soit des journaux sur la tête soit des parapluies et bientôt je sens des gouttes. Croyant d’abord à une brève ondée je comprends vite que ce sont les déjections d’un immense nuage d’oiseaux qui tournoient au-dessus de nous !
Arrivée vers 18 heures à l’auberge. L’association qui m’accueille, la « Spedale della Provvidenza di San Giacomo e San Benedetto Labre » ( Hôpital de Providence de Saint Jacques et saint Benoît-Labre ) est hébergée dans les locaux des « Suore Francescane Missionarie del Cuore Immacolato di Maria » (Sœurs Missionnaires Franciscaines du Cœur Immaculé de Marie). C’est très calme, il y a un beau jardin intérieur. Je suis reçu par une hospitalière parlant français avec un fort accent germanique qui me prévient que le repas du soir sera précédé par une cérémonie du lavage des pieds, ce qui en filigrane doit m’inciter à avoir des pieds présentables. Le moment venu je suis rejoint par deux couples germanophones en provenance de Florence. L’un a l’air très sportif, l’autre moins, tous ont mal aux jambes. À tour de rôle nous dénudons un pied sur lequel notre hôtesse verse un filet d’eau, puis l’essuie pour enfin y déposer un semblant de baiser en prononçant des paroles de bienvenue. Pour ma part j’ai trouvé cette expérience un peu gênante.
À table, la langue allemande a pris tout naturellement toute la place, ils discutent et rient sans jamais penser à utiliser l’anglais que j’ai tenté d’introduire à quelques reprises. Même si l’hospitalière a quand même eu de temps en temps la gentillesse de me faire un bref résumé de la conversation, je me suis senti très seul, isolé. Dommage, j’aurais bien aimé partager quelques impressions sur ce jour très spécial et le périple qui l’a précédé. Nous logeons en dortoir et en plus du repas du soir, un peu frugal, mais je n’ai plus besoin d’autant de calories, on nous offre un petit-déjeuner, le tout en libre participation. Pour ceux qui voudraient découvrir « Rome by night », il faut être rentré avant 22 heures. En ce qui me concerne la journée a été assez longue.
Voilà, l’aventure est terminée, j’avoue avoir hâte de rentrer. Demain l’urgence sera de m’occuper de mon retour. Hélène a fait une petite étude, il n’y a plus de vols sur Paris dans les prochains jours, tout est déjà réservé. Le plus simple et le plus économique serait un train de nuit, Rome-Paris direct. J’irai à la basilique plus tard et peut-être même à la messe pour y apercevoir le Pape. En route plusieurs personnes m’avaient dit en plaisantant « Pierre, tu diras bonjour à François ».
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Samedi 2 novembre
Problème. À la gare, après trois quarts d’heure de queue, j’ai appris qu’il n’y avait plus de train pour Paris, de nuit ou pas, avant le lundi 4 novembre. C’est le week-end prolongé de la Toussaint, je suppose que les gens prévoyants ont pris un billet pour être de retour à Paris dimanche soir, prêts à reprendre le boulot. J’opte pour le train de nuit du lundi soir, mais à l’auberge ils n’autorisent que deux nuitées, donc demain matin je suis à la rue. Je vais voir si, exceptionnellement, ils peuvent transgresser leurs règles. Il faut que je m’organise.
Autant profiter de ce contre-temps pour visiter Rome, même si j’y suis déjà venu, comme à Paris il y a toujours quelque chose à découvrir. Mon frère m’a notamment fortement recommandé d’aller voir les œuvres du Caravage dans l’église Saint-Louis-des-Français. Tout en déambulant dans cette direction je fais provision de cartes postales, mais sans jamais trouver de timbres. Mes confrères touristes ont dû en faire une razzia. Après toutes ces journées avec une charge mon dos n’apprécie pas ces longues marche « à vide ». Pour le soulager j’achète un forfait-métro valable trois jours.
Lors de mes déambulation je traverse la Piazza Augusto Imperatore bordées sur trois côtés par des bâtiments aux lignes sévères, l’un est orné d’une immense mosaïque, un style que je présume d’inspiration fasciste. Sur le quatrième côté se dresse le mausolée d’Auguste, dont on ne voit pas grand chose.
En attendant l’ouverture de Saint-Louis-des-Français devant laquelle se forme déjà une file d’attente, je vais faire un tour au Panthéon, impressionnant, lui aussi prisé des touristes.
À Saint-Louis-des-Français j’ai été précédé par une troupe de gamins accompagnés par un prêtre qui leur commente la visite, ce qui apparemment leur passe largement au-dessus des oreilles, ils ont d’autres centres d’intérêt. Cela me rappelle quand j’avais participé à un congrès des Petits Chanteurs en présence du Pape Jean XXIII, il me semble que c’était en 1961, nous étions logés dans le village des jeux olympiques qui avaient eu lieu l’année précédente. Nous étions pareils, plus attentifs à nos congénères qu’à tous ces chefs d’œuvres, même si j’en garde des souvenirs précis. Autour de ces enfants que je regarde donc avec bienveillance nous sommes plusieurs à attendre patiemment que ces petits bonshommes s’éloignent pour enfin voir les fameux tableaux. Magnifiques ! Même si on a à peine le temps de les admirer compte tenu de l’ambiance « Joconde » qui les entoure.
Sur le retour vers l’auberge je fais un détour par le Colisée autour duquel c’est la cohue, touristes, marchands, artistes imitant des statues … Le monument lui même est enveloppé par des échafaudages. De toute façon il commence à faire nuit, je rentre.
En arrivant je retrouve les deux Français rencontré à Sutri. Sur le moment impossible de me rappeler leur prénom. J’ai peut-être acquis le calme intérieur, mais j’ai la tête vide et j’ai même parfois du mal à me rappeler mon numéro de téléphone, c’est vraiment assez inquiétant : est-ce le détachement total ? Ou la fatigue ? Je vous rassure, depuis tout est redevenu normal. Josette et Gérard, donc, ont pris le bus entre la Sorta et Rome. Nous nous retrouvons avec plaisir.
Ce soir l’association qui nous reçoit tient son AG, Assemblée Générale, et pour la cérémonie du lavage des pieds des nouveaux arrivants, une vingtaine de personnes, les membres du bureau, dont un évêque reconnaissable à sa tenue avec des liserés violets et un moine avec sa robe brune, entourent Josette et Gérard qui en sont tout émus, mais ne perdent pas pour autant leurs moyens quand il faut réciter, chacun leur tour, un Pater et un Ave Maria. Josette regrettera plus tard que je n’aie pas pensé à prendre des photos. Moi qui trouvais déjà cela gênant hier soir, j’ai eu droit à la version « light ». En arrivant j’avais tout de suite été voir notre hôtesse pour lui demander, compte tenu de l’absence de train avant le 4, s’il serait possible de rester une nuit de plus. Les Allemands dans le même cas s’étaient joints à moi. Mais non, Dura lex sed lex. Pendant le repas pris en commun avec le bureau j’ai sympathisé avec mes voisins de table qui m’ont dit comprendre le problème et qu’ils en parleraient à l’AG qui suivait.
Dimanche 3 novembre
Ce matin j’ai eu confirmation qu’il n’était pas possible de rester ici une troisième nuit. Ils en ont discuté lors de l’AG, mais des dérogations ne sont accordées qu’en cas de blessure, maladie ou autres circonstances graves. D’un certain côté je les comprends, si on ouvre une brèche … mais ça ne fait pas mon affaire. Je reprends ma liste d’hébergements et l’un d’eux qui était complet vendredi peut désormais m’héberger. Ouf ! Il s’agit de l’Istituto Immacolata Concezione di Nostra Signora di Lourdes qui propose la nuit et petit-déjeuner en libre participation. Une chance.
Je prends le métro pour rejoindre mon nouveau pied-à-terre. Les quais et les rames sont bondés. Avec mon sac à dos je prends un peu de place, mais l’ambiance est bon enfant. Je m’accroche à un poteau pour encaisser les coups de frein et les accélérations. À un moment j’ai une sensation étrange et baissant les yeux je voie une main dans ma ceinture banane. Je la saisis en criant, elle est heureusement vide. Tout le wagon nous entoure et au premier arrêt l’homme est poussé dehors sous les huées. Je l’ai échappé belle, même si en fait par prudence je ne mets jamais rien d’essentiel dans cette poche, mais quand on n’a pas grand chose tout est important, sinon à quoi bon le porter.
C’est à 100 mètres de la sortie du métro, c’est pratique. On m’attribue une chambre à deux lits où pour le moment je suis seul. Il y a du linge de toilette. C’est royal même si les sanitaires sont sur le palier.
La matinée est bien avancée et je renonce à assister à la messe papale d’autant plus qu’hier des collègues m’ont raconté qu’ils s’y étaient présentés à dix heures pour la messe de midi et qu’ils n’avaient pas pu entrer, qu’ils avaient dû grimper sur je ne sais plus quoi pour apercevoir de loin sur un grand écran ce qui se passait à l’intérieur, donc aucun regret. En regardant de plus près mon forfait métro je m’aperçois que j’ai le droit d’aller jusqu’au Lido d’Ostie. C’est décidé, comme ça, une lubie, je vais plutôt aller voir la mer.
Sur place, même s’il fait très beau, il n’y a pas grand monde sur le sable et aucun baigneur, l’eau est peut-être fraîche, surtout pour un Italien. Quelques rares piétons et vélos circulent sur la large avenue qui longe la plage et qui leur est réservée le dimanche. Il règne une ambiance « hors saison ». Paisible.
Sur le point de m’offrir une pizza j’aperçois un panneau » Pesce Fritto « . Je n’hésite pas. Bientôt un cornet débordant de petits rougets accompagnés d’un bol de frites, tout pour reconstituer mon cholestérol à supposer qu’il ait diminué pendant cette longue marche, arrivent sur ma table. La chair des poissons est délicieuse, par contre les frites sont à peine salées et comme il n’y en a pas sur la table j’en demande au garçon qui me répond que c’est assez salé ; peut-être qu’une campagne sanitaire anti sel est en cours, ou alors la gabelle a été rétablie.
Sur le retour je m’arrête à la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs. Impressionnante.
Le soir, après un moment de repos dans ma chambre où j’en ai profité pour commencer à écrire mes cartes postales, je me rends à la fontaine Trevi qui n’est qu’à dix minutes à pied. Il y a un monde fou, mais l’ambiance est estivale. Puis direction le Panthéon, lui aussi encore très fréquenté, où pour savourer l’instant je m’installe dans une pizzeria qui lui fait face : mauvaise pioche, ce n’était pas bon et j’ai failli y vider mon compte en banque, un piège à touriste. De retour dans la chambre où je comptais finir mes cartes postales, je m’écroule : des journées presque plus épuisantes que sur le Chemin.
Lundi 4 novembre
Ça y est je suis dans le train. Enfin ! Le wagon est à l’ancienne, avec un couloir latéral donnant sur chaque compartiment couchette. Dans le mien nous sommes six, un échantillon représentatif des voyageurs de ce train, bigarrés et cosmopolites : un Camerounais, un grand gaillard francophone, un Indien parlant anglais, un Serbo-Croate, enfin c’est ce que j’ai compris car il ne bredouille que quelques mots d’anglais et un jeune couple, dont je n’ai pas saisi la nationalité, avec d’énormes valises que le Camerounais les a aidés à installer en haut dans le porte-bagage. Il y a une bonne ambiance, on s’entr’aide et on est tous impatients que le train s’ébranle. Il fait chaud. Le contrôleur a pris nos papiers d’identité pour le contrôle aux frontières. Ont-ils peur que nous sautions en marche ? Certains ont présentés une feuille au format A4, peut-être des réfugiés ?
Ce matin, après le petit-déjeuner pendant lequel j’ai bien discuté en français avec la sœur qui assurait le service, je suis remonté dans ma chambre pour écrire le reste de mes cartes postales pour lesquelles je n’avais toujours pas de timbres. Les sœurs ayant accepté de garder mon sac jusqu’à mon départ pour la gare, j’ai décidé d’aller visiter la basilique en espérant qu’il y aurait moins de monde que pendant le week-end. J’ai pris le métro et à la station Ottaviano San Pietro qui dessert le Vatican il y avait déjà foule. Dehors la queue pour entrer à la basilique était bien fournie, mais avançait assez rapidement dans une ambiance bon enfant à peine troublée par la remise en place des éternels petits malins qui essayaient de remonter la file. À l’intérieur la basilique bruissait des conversations de tous ses visiteurs. J’ai pris le temps d’en faire le tour, ravivant les souvenirs d’anciennes visites.
En ressortant, qu’est-ce que je vois ? La Poste du Vatican ! Là aussi il y avait la queue, mais j’ai enfin pu y acheter des timbres et poster mes cartes. Deux semaines après mon retour Hélène recevra le même jour la carte de Rome et celle de Sienne ! Bravo la Poste vaticane.
Ensuite ne voulant pas retourner au Colisée où il y avait vraiment trop de monde l’autre soir, je me dirigeai vers la Villa Borghese, toute proche, mais pas de chance elle est fermée le lundi, alors je me suis assis un long moment sur un banc dans le parc à profiter du calme ambiant avant de repartir faire un grand tour de ville un peu nostalgique, sorte d’au-revoir à Rome, pour enfin retourner chez les sœurs récupérer mon sac, puis j’ai repris le métro vers la gare où dans le hall j’ai attendu mon train sur un des rares bancs libres en lisant un ebook sur mon téléphone.
Cette nuit ferroviaire s’est bien passée. J’ai bien dormi. Heureusement que j’étais dans une couchette du bas car il faut être sportif pour monter se coucher dans celles du haut et surtout pour en redescendre. Alors que nous nous affairons tous à replier les couchettes et refaire nos bagages le contrôleur repasse pour nous rendre nos papiers accompagnés d’un formulaire de réclamation. Devant nos yeux interrogatifs il nous apprend que le train a plusieurs heures de retard, que nous avons été immobilisés un grand moment suite à une panne qui a nécessité un changement de machine. Aucun d’entre nous ne s’en est rendu compte. Peut-être est-ce pour cela que nous avons bien dormi !
Voilà, l’aventure se termine, l’aventure est terminée. Dans deux mois je serai opéré de ma hernie, je pourrai à nouveau gambader et l’envie de repartir va me reprendre. Ce sera la remontée de la Loire, de Guérande au Mont-Gerbier-de-Jonc, un périple d’un millier de kilomètres, cette fois-ci sans connotation religieuse, ou alors une sorte de pèlerinage païen en l’honneur de Segeta, la déesse de la Loire. Une autre aventure se termine, celle de la rédaction du récit de ce périple. J’espère que vous aurez plaisir à le lire et qu’il vous donnera envie de vous lancer sur les chemins vers Rome, Compostelle ou ailleurs ou simplement y rêver.
Buon cammino !
Pierre Alglave
1762 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 33 aujourd’hui.
Pour aller plus loin
Nota : En l’absence de site pertinent en français sur un sujet donné, je propose parfois des sites qui m’ont parus plus intéressants dans une autre langue, sachant que la plus part des navigateurs proposent des possibilités de traduction.
- Parc régional de Véies (Parco regionale di Veio) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_r%C3%A9gional_de_V%C3%A9ies
- La Storta : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_des_Sacr%C3%A9s-C%C5%93urs-de-J%C3%A9sus-et-Marie_de_La_Storta
- Réserve naturelle de l’Insugherata : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_naturelle_de_l%27Insugherata
- Monte Mario https://fr.wikipedia.org/wiki/Monte_Mario
- La Via Trionfale : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voie_Triomphale
- Le Vatican : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vatican
- La Basilique Saint-Pierre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Pierre
- La Place Saint-Pierre : https://fr.wikipedia.org/wiki/Place_Saint-Pierre
- Le quartier Trastevere : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trastevere
- La Piéta de Michel Ange : https://fr.wikipedia.org/wiki/Piet%C3%A0_(Michel-Ange)
- Les nuages d’oiseaux : https://www.nationalgeographic.fr/animaux/phenomenes-naturels-que-font-les-oiseaux-quand-ils-volent-en-nuee-mystere
- Église Saint-Louis-des-Français : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Louis-des-Fran%C3%A7ais_de_Rome
- Saint-Paul-hors-les-Murs : https://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Saint-Paul-hors-les-Murs
- Segeta, la déesse de la Loire https://fr.wikipedia.org/wiki/Segeta
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