San Gimignano : étape N° 50 – Ma Via Francigena

San Gimignano sur ma Via Francigena
San Gimignano une étape sur ma Via Francigena

Lundi 21 octobre.
Cinquantième jour : Rome est à 346 kilomètres.

Il est 7 h 30 et il pleut. J’ai passé une bonne nuit et ce matin j’étais levé à 6 h 30. Sur le point de partir, d’un seul coup il s’est mis à tomber des trombes d’eau. J’hésitais un peu, je me suis dit tant qu’à faire autant rester au chaud et puis bon, j’ai sorti la cape et en route. Au départ le chemin était en terre, mais désormais il suit la grand-route et avec tous ceux qui partent au travail cela commence à devenir dangereux, j’ai mis ma lampe frontale pour être plus visible.

Au départ de Gambassi terme : En route !
Au départ de Gambassi terme : En route !

Ici en principe c’est une région avec des paysages magnifiques et c’est vrai que même dans cette semi-obscurité, à la lueur du jour qui se lève, cela reste très beau. J’aurais connu cet aspect de la Toscane, sous la pluie, mais évidemment côté photo ce n’est pas optimal.

J’envisage de faire la quarantaine de bornes jusqu’à Monteriggioni. S’arrêter à San Gimignano dans une quinzaine de kilomètres n’aurait pas vraiment de sens, même si c’est une ville décrite comme magnifique. Aïe, là, j’entends le tonnerre. On va voir comment tout cela évolue.

20 heures, San Gimignano.

Arrivée à San Gimignano
Arrivée à San Gimignano

Au début ça ne s’est pas trop mal passé, sur la route il n’y avait pas encore trop d’eau et, comme le guide annonçait la présence de plusieurs gués qui allaient sûrement être difficiles à franchir par ce temps, j’ai décidé de rester sur le macadam. C’est sans doute pour ça que je suis arrivé ici à 10 heures 15, cela devait être plus court. Rapidement ce fût le déluge, la route s’est transformée en rivière. On voyait des ruisseaux jaillir sous les portes des maisons et des bouches d’évacuation qui au lieu d’absorber les trop-pleins les recrachaient. Mes chaussures étaient transformées en bassines.

Quand je suis arrivé ici il y a eu une éclaircie. J’en ai profité pour enlever mes chaussures et tordre mes chaussettes. J’ai d’abord pensé que je pourrais continuer jusqu’à Monteriggioni ou Abbadia a Isola après avoir visité la ville, mais j’étais à peine sur la place principale devant le Duomo que sont tombés des abats d’eau accompagnés de rafales de vent. Avec d’autres touristes nous nous étions réfugiés sous la voûte profonde d’un porche, mais le vent chargé de pluie s’y est brusquement engouffré et tout le monde fût trempé déclenchant un éclat de rire général.

San Gimignano : un porche pas si protecteur
San Gimignano : un porche pas si protecteur

Cette fois-ci j’avais compris le message. Inutile d’aller plus loin aujourd’hui. Je suis parti à la recherche du couvent Sant’Agostino cité dans le précieux road-book d’Anne. En chemin attiré par de la musique et des chants, je suis entré dans l’église Sant’Agostino proche du couvent. L’intérieur est magnifique avec beaucoup de fresques anciennes. D’autres gens entraient à leur tour, s’ébrouaient, puis entendant les chants et découvrant les peintures souriaient, heureux d’être là, pour l’abri, mais aussi pour l’ambiance apaisante. Quand un peu plus loin j’ai enfin trouvé le couvent il y avait une affichette indiquant qu’ils ne recevaient plus les pèlerins depuis le 15 août. Déception.

En plan B, il y avait le couvent San Girolamo. D’après mon guide que j’avais du mal à lire avec mes lunettes trempées il n’était pas très loin. Arrivé à l’adresse indiquée je sonne quand j’aperçois plus loin dans la rue des gens sous un parapluie qui me font de grands signes. Je comprends que ce sont des sœurs qui m’indiquent l’entrée du refuge, terme on ne peut plus approprié aux circonstances.

San Gimignano et ses grandes tours
San Gimignano et ses grandes tours

La pièce qui servait de réception était située en contrebas de la rue et de l’eau de pluie ruisselait le long d’un mur en provenance d’un soupirail situé en hauteur. Vraiment un temps à ne pas laisser un pèlerin dehors. Heureusement l’accueil fût des plus chaleureux. La sœur avait presque honte de m’annoncer le tarif, 25 euros, presque le prix de la chambre d’hôtel d’hier. Elle m’a expliqué que depuis quelque temps ils ne faisaient plus offerta, d’une part parce que beaucoup de pèlerins ne donnaient pas assez ou même certains rien, considérant que tout était gratuit et leur était dû, d’autre part parce que le fisc avait décidé d’imposer forfaitairement cette manne que serait l’offerta. C’était d’ailleurs pour les mêmes raisons que le couvent Sant’Agostino avait lui décidé de cesser de recevoir les pèlerins.

La sœur m’avait gentiment débarrassé de ma cape dégoulinante puis m’avait accompagné à l’étage jusqu’à ma chambre où, catastrophe, la fenêtre était restée ouverte et tout le plancher était trempé. Heureusement le lit était sec, mais avec toute cette humidité rien n’allait sécher alors que je n’avais sur moi plus un poil ni un vêtement sec. Pour me réconforter elle m’a proposé café, pain et confiture.

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Après avoir pris une douche bien chaude et m’être changé, je suis redescendu. En fait le café était distribué par une machine à raison de 35 centimes la tasse. Au diable l’avarice, il fallait aussi réchauffer l’intérieur, j’en ai pris deux tasses accompagnées de trois tartines de confiture qui elles étaient à volonté. Après je suis retourné m’allonger en espérant ne pas avoir attrapé un coup de froid.

San Gimignano : la campagne après la pluie
San Gimignano : la campagne après la pluie

Vers 14 h 30 alors que j’étais sur le point de me jeter dans la tourmente pour aller manger quelque chose de plus consistant, j’ai croisé la sœur qui m’a dit « si vous voulez il y a de la pizza à la cuisine et du café dans le frigo, il suffit de les réchauffer au micro-onde » ce que j’ai fait sans hésiter après au grand merci, tout heureux de rester au sec.

À 18 heures l’orage ayant cessé, je suis enfin sorti. Au loin la campagne était belle avec cette luminosité particulière qui suit souvent la pluie. On aurait dit un tableau ancien. La ville était envahie de touristes qui malgré l’obscurité tombante profitaient comme moi de l’accalmie pour découvrir les monuments, notamment les fameuses tours que j’avais à peine entrevues ce matin dans la brume.

San Gimignano après la pluie
San Gimignano après la pluie

Pas très loin du couvent il y avait une pizzeria, qui contrairement à celles situées sur la place centrale, pratiquait des tarifs accessibles, où, pour compléter mon plantureux repas de midi, j’ai dégusté des lasagnes accompagnées d’une salade et d’un quart de vin pour 17 euros.

Pour demain je n’ose plus faire de prévision, je déciderai en fonction du ciel et de ma forme. Avec toute cette journée de repos forcé j’espère que je vais réussir à dormir.

1431 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 15 aujourd’hui..

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