Bolsena : étape N° 56 – Ma Via Francigena

Dimanche 27 octobre.
Cinquante-sixième jour : Rome est à 173 kilomètres.

Bolsena, une étape sur la Via Francigena
Bolsena, une étape sur la Via Francigena

J’ai passé une excellente nuit, sans secousses, ou alors je dormais si bien que je ne les ai pas ressenties. Hier soir je suis descendu en ville vers 19 heures. Les rues étaient beaucoup plus animées que lors de mon arrivée. J’ai jeté mon dévolu sur un restaurant pizzeria : service impeccable, pizza gigantesque, beau et bon dessert, petit vin agréable dans une ambiance jazzy, une excellente soirée pour un prix raisonnable.

Au revoir : La Casa di Lazzaro à Acquapendente
Au revoir : La Casa di Lazzaro à Acquapendente

On est désormais à l’heure d’hiver, il neuf heures. Je quitte Acquapendente direction Bolsena à une vingtaine de kilomètres. Ce matin j’ai pris mon petit-déjeuner dans un bistrot avec un patron très sympathique même s’il était nul en informatique : le wifi était en panne, mais, d’après lui, seul son fils absent aurait su le réactiver. Avant de prendre la route j’ai refait un petit tour dans la ville qui cette fois, est-ce la brume ambiante, m’a parue triste : rue étroites et désertes, maisons aux couleurs ternes… Il fait un peu frais, mais je suis juste en chemisette et gilet, je compte sur la marche pour me réchauffer. Il y a quelques jours j’avais un problème au genou droit et je craignais le pire, mais bizarrement il a totalement disparu.

En Chemin sur la Via Francigena
En Chemin sur la Via Francigena

Certains pensent qu’il ne faut pas me déranger, qu’il faut éviter de me contacter, comme si je faisais une sorte de retraite à l’image de celles qui se pratiquent dans des monastères, j’en ai d’ailleurs suivi quelques-unes il y a bien longtemps quand j’étais scout. C’est peut-être le cas pour certains pèlerins qui entreprennent ce périple pour réfléchir à leur vie, à leur avenir…, mais je ne suis pas dans cette démarche même si bien sûr ces longues heures de solitude poussent à la réflexion presque malgré soi. Je ne me considère pas coupé du monde en tous cas pas des gens pour lesquelles j’ai de l’intérêt, ceux qui me sont proches, et les évènements qui les concernent, majeurs comme récemment un décès et un mariage, ou anodins, prennent au contraire une importance considérable en l’absence du bruit de fond de l’actualité dont je n’ai pratiquement aucune idée depuis bientôt deux mois, ce qui ne me manque absolument pas.

En Chemin sur la Via Francigena
En Chemin sur la Via Francigena

Bientôt 11 heures, je fais une petite pause sur le bord du chemin, assis sur la petite feuille de plastique à bulles qui ne quitte jamais mon sac pour me protéger des sols humides. Je viens de réserver ma place pour cette nuit chez les sœurs du Santissimo Sacramento à Bolsena. Je leur ai annoncé une arrivée vers seize heures. Il reste environ douze kilomètres pour y parvenir, cela devrait être large, même si étant dans cet état d’esprit que j’ai déjà connu à plusieurs reprises, à la fois pressé dans finir et à la fois nostalgique que ça se termine, je prends mon temps. La route est agréable, sans gros dénivelés, les paysages ne sont pas extraordinaires, mais paisibles même si ça pétarade encore de temps à autre ; le ciel vire petit à petit au bleu.

San Lorenzo Nuevo
San Lorenzo Nuevo

12 h 45, à la sortie de San Lorenzo Nuevo où je me suis ravitaillé, j’aperçois pour la première fois le lac Bolsena, majestueux, depuis un belvédère aménagé sur le bord de la via Cassia que l’on quitte rapidement pour un chemin au calme. En ville cafés et restaurants arboraient des enseignes surfant sur le thème « Via Francigena ». Le temps se couvre.

Première vision du lac Bolsena
Première vision du lac Bolsena

Je suis arrivé à Bolsena vers quinze heures trente. Le trajet bien balisé, le plus souvent en descente, avec le lac en toile de fond était très agréable. Pas de trêve dominicale pour l’agriculture, des tracteurs s’affairaient dans les champs et la cueillette des olives à l’aide de grandes gaules battait son plein. En route j’ai été croisé par un groupe joyeux d’une cinquantaine de cavaliers, impressionnant ! À proximité de la ville un petit vent frais s’est levé, on se serait presque cru en bord de mer avec ces belles villas dominant l’étendue d’eau surplombée par les remparts de la ville.

Rencontre sur la Via Francigena
Rencontre sur la Via Francigena
Ruelles à Bolsena
Ruelles à Bolsena

On arrive par la vieille ville en empruntant des ruelles en pente, heureusement toujours en descente, qui conduisent jusqu’à la place Sainte-Christine où se trouve la basilique du même nom. En avance sur l’heure annoncée pour mon arrivée j’en profite pour la visiter rapidement. Un miracle s’y serait produit en 1263, une hostie aurait saigné. Une petite chapelle y est consacrée à Saint-Martin de Tours. À l’entrée un panneau indiquait que le port du pantalon était obligatoire, mais personne ne m’a fait de remarque : privilège du « pellegrino ».

Basilique Sainte-Christine, Bolsena
Basilique Sainte-Christine, Bolsena

En sortant je cherche l’accueil pèlerins qui se trouve sur la même place. De loin un prêtre reconnaissable à son col blanc me désigne de la main une porte proche où se trouve une sœur qui à son tour agite un bras en signe d’accueil. Il est pile seize heures, mais je suppose que c’est une coïncidence, ils ne m’attendaient pas, ils ont juste repéré un pèlerin errant parmi les touristes devant la basilique.

La sœur, très chaleureuse, se nomme Filipia, est d’origine tanzanienne et parle français. Elles sont quatre sœurs dans l’établissement dont la maison mère se trouve à Valence dans la Drôme. Ma chambre donnant sur une terrasse j’en profite pour laver mon linge en espérant que le soleil presque couchant facilitera son séchage. Ressorti pour faire un tour de ville je suis rentré m’allonger et lire pour soulager mon dos qui se plaignait. Aussi étrange que cela puisse paraître c’est parfois l’absence du sac à dos qui déclenche ce genre de mal-être. En fait je me suis assoupi et me suis réveillé vers 19 heures, la nuit était tombée. Il était temps de se restaurer.

Cheminements, la série de livres (papier et ebook) relatant mes marches jusqu’à Compostelle : un cadeau à s’offrir ou à offrir, disponible ICI.

Fontaine di San Rocco, Bolsena
Fontaine di San Rocco, Bolsena

Tout naturellement j’opte pour l’Osteria La Francigena. Alors que je consulte consciencieusement le menu, le cuisinier s’approche et me lance une longue tirade. Devant mon air interloqué il s’écrit avec un grand sourire « Ah ! Pellegrino ! ». Les gens sont accueillants. Mon choix s’est porté sur des spaghettis à la carbonara, puis une cuisse de canard avec ses pommes de terre, une petite piqûre de rappel du chemin de Compostelle sur la voie du Puy-en-Velay lors de la traversée du Sud-Ouest.

Je ne sais pas si ce canard va me donner des ailes, mais je suis impatient d’arriver à Rome et pour demain j’ai décidé de regrouper les deux étapes suivantes proposées par mon guide en une seule, je compte marcher jusqu’à Viterbo à environ de 35 kilomètres.


1611 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 22 aujourd’hui.

Pour aller plus loin

  • La congrégation de la sœur Filipia (en italien : cliquer sur l’onglet « In Italia » pour accéder à l’information sur l’établissement de Bolsena) : https://www.rsssacramento.it/home.htm

D’autres photos de cette étape