Buonconvento : étape N° 53 – Ma Via Francigena

Buonconvento une étape sur la Via Francigena
Buonconvento une étape sur la Via Francigena

Jeudi 24 octobre.
Cinquante-troisième jour : Rome est à 283 kilomètres.

8 h 15, je suis toujours au couvent Santa Lucia où j’ai passé une bonne nuit. J’étais sur le point de partir quand le tonnerre a éclaté et, en jetant un œil par la fenêtre j’ai vu les gens circuler sous leur parapluie. Donc j’attends en espérant que ça se tasse, à vrai dire sans grand espoir.

J’avoue qu’il y a des jours où c’est un peu démoralisant quand je pense qu’il me reste encore une dizaine de jours pour arriver à Rome. Aujourd’hui je comptais aller jusqu’à Ponte d’Arbia, à vingt-cinq kilomètres, et avec ce temps je ne sais plus si cela va être possible. D’autant plus qu’hier, pour faciliter ma visite de la ville j’avais emporté les pages de mon guide contenant un plan de Sienne, et à un moment je les ai sans doute mal remises dans ma poche et je les ai perdues, celles concernant Sienne, mais aussi, ce qui est beaucoup plus problématique, celles décrivant l’étape du jour. Heureusement j’ai mon GPS et une carte sur mon portable, mais les explications et les conseils vont me faire défaut. Espérons que le balisage sera à la hauteur. En attendant je contemple la rue où il pleut dru.

Sienne, des parapluies sous ma fenêtre
Sienne, des parapluies sous ma fenêtre

9 heures, au loin des éclairs fendent encore le ciel, mais le tonnerre s’éloigne. Je me lance sous une petite pluie fine qui m’accompagne un long moment après avoir quitté Sienne par la Porta Romana.

10 heures, la pluie a cessé et finalement l’étape s’avère agréable, les paysages sont très beaux, au loin, un peu dans la brume, j’aperçois Sienne et les tours de la cathédrale, le Duomo, et celles de la Piazza del Campo. On prend conscience de leur hauteur vertigineuse. C’est magnifique je me mets à envisager de doubler l’étape, mais il ne faut pas rêver, on verra où j’en serai vers midi. Le tout est de savoir si les chemins vont être praticables, on aperçois encore les dégâts causés par les dernières intempéries.

En route : traces des orages
En chemin : traces des orages récents

Il y a des jours où j’ai hâte de rentrer. Bien sûr il y a des moments incroyables, hier par exemple cette extraordinaire cathédrale et quelques rencontres sympathiques, aujourd’hui ces paysages, mais tout est un peu terni par l’angoisse de la pluie. Quand hier j’ai dit à la Hollandaise que j’avais marché 52 jours elle m’a répondu « moi j’en suis à 95 ». D’accord, mais c’est en trois fois, ce n’est quand même pas pareil. Je comprends mes compagnons québécois qui lors de notre rencontre arrivaient de Canterbury avec 47 jours de marche au compteur et commençaient à trouver le temps long. Comme eux je dois être en train de traverser une sorte de crise de la cinquantaine. Il faut se trouver des raisons et la proximité du but en est une très puissante.

En chemin
En chemin

11 h 10 je marche sur une route fermée à la circulation marquée sur la carte en rouge et blanc. Le silence est royal, je fais un petit signe à un ouvrier qui me répond par un « Buon Cammino ! ». C’est ce genre de petit non-événement qui me donne du cœur au ventre. Le temps est sec et même s’il est toujours très menaçant je me mets à penser que je pourrais au moins poursuivre jusqu’à Buonconvento, cinq kilomètres après Ponte d’Arbia. Pour le moment j’avance.

Monteroni d'Arbia : moulin fortifié
Monteroni d’Arbia : moulin fortifié

13 h 40, je traverse Monteroni d’Arbia à l’entrée duquel il y avait un ancien moulin fortifié. En route j’ai avalé un sandwich dans un bar.

Alors que je prenais en photo un petit château à Lucignano d’Arbia, une voiture me klaxonne. Je me retourne pour faire face à l’importun, et en fait l’automobiliste attirait mon attention pour me faire un petit signe amical. Je viens de réserver ma chambre à Buonconvento dans un hôtel : 70 euros pour la chambre plus petit-déjeuner, ce n’est pas donné ! Mais l’accueil pèlerin en offerta est fermé pour la saison. Cela va me rapprocher du but, peut-être au final pourrai-je gagner une journée de voyage, cela compensera, et puis je vais dormir dans un bon lit, avec du chauffage et je pourrai faire une lessive… il faut bien que je trouve de bonnes raisons à cette dépense somptuaire.

En chemin
En chemin

15 heures, je viens de quitter la SS 2, ça fait du bien, quel silence ! De belles maisons avec de grands cyprès bordent le chemin. Ce matin j’ai essayé de suivre le tracé de la via Francigena, mais c’était de la glaise, mes semelles ont vite triplé d’épaisseur et à chaque pas je dérappais. J’ai renoncé et pris la nationale. C’est fatiguant, stressant. Quelques fous doublent et coupent lignes blanches et virages et par miracle tout le monde roule au pas à l’annonce d’un contrôle automatique de vitesse. Évidemment la grand-route suit la plus faible pente alors qu’ici les montées succèdent aux descentes, mais ces efforts, sur terrain à peu près sec, sont largement compensés par le calme qui permet de profiter de ce qui m’entoure. Depuis ce matin beaucoup de faisans s’envolent à mon passage, j’essaye bien de les photographier, mais ils ne m’attendent pas. Heureusement aucun coup de feu.

En chemin
En chemin

Un peu avant 16 heures me voilà à Ponte d’Arbia que je ne visiterai donc pas. À la sortie du village je retrouve la Via Francigena : une petite route assez large, en terre avec des parties un peu glissantes, et même si quelques 4×4 l’empruntent de temps en temps c’est quand même beaucoup moins pénible que la nationale.

J’arrive à Buonconvento un peu après 17 heures, la ville est plus importante que je l’imaginais. J’y entre par une grande porte ancienne, la Porta Senese, avec de lourds et hauts battants en bois, puis en suivant une rue étroite je passe devant le Palazzo Podestarile. Un grand édifice en briques avec une façade constellée d’écussons en pierre et surmonté d’une tour crénelée. Bientôt, juste à la sortie du centre historique, me voilà devant l’Hôtel Ghibellino. Trois étoiles, je ne me refuse rien ! À la réception la jeune femme qui m’accueille chaleureusement parle très bien le français. C’est un petit plus bien agréable. Je profite du standing de l’établissement, je demande une deuxième couverture, il faut amortir. Dans la chambre avec climatisation et wifi, je verrai qu’en tant que pèlerin j’ai eu droit à une belle réduction par rapport au prix standard.

Cheminements, la série de livres (papier et ebook) relatant mes marches jusqu’à Compostelle : un cadeau à s’offrir ou à offrir, disponible ICI.

Buonconvento : Porte Senese
Buonconvento : Porta Senese

Le restaurant de l’hôtel propose un menù del pellegrino à 15 euros dont je profite : bien sûr des pâtes, avec du parmesan et une sauce que le serveur me présente comme un peu piquante, je goûte, pour ma part elle est « très » piquante, je m’abstiens, puis de l’agneau parfumé d’ail et de petits bouts de citron qui donnent un air de sangria aux gorgées du vin que je déguste, le tout accompagné de pommes de terre sautées. Allez, encore un moment qui donne envie de continuer.

Ce week-end Hélène va assister au mariage de deux amis, Thierry et Christophe. C’est un évènement, la loi du mariage pour tous est toute récente. J’aurais bien aimé y participer. J’y serai par la pensée.

Demain le petit-déjeuner n’est servi qu’à 7 h 30, ça ne va pas m’avancer, mais de toute façon c’est sans doute encore la météo qui va décider. En attendant profitons de cette belle chambre.

1509 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 30 aujourd’hui.

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