Melle

Melle

Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, via turonensis puis Camino Norte

Le récit de ma marche du Puy-en-Velay jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle a fait l'objet d'un livre, "Cheminements" que vous pouvez découvrir ICI.
14e jour : Saint-Jacques-de-Compostelle est à 1420 kilomètres
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Mercredi 2 septembre, 8h, je quitte le relais de Jean-Jacques à Saint-Sauvant, il fait un peu frais mais la chemisette me suffit. Le ciel est moitié bleu, moitié nuages et n’a pas l’air menaçant. Je me suis réveillé à 5h30 mais je n’arrivais pas à décoller, j’ai refait mon sac par-ci, mon sac par-là, je glandouillais, comme si j’étais retenu.

Bon là c’est parti, j’attaque ma 3ème semaine, pas de courbatures. Les épiciers m’ont raconté comment Jean-Jacques a tout aménagé dans le gîte, d’abord la partie jacquaire tout en continuant à vivre à Poitiers puis il est venu s’y établir et participe activement à la vie du gîte ; sa vie y a l’air imbriquée.

Un kilomètre après la sortie de Saint-Sauvant une voiture me klaxonne : c’est Eugène qui rejoint son point de départ d’aujourd’hui à Lusignan !

Aie ! J’ai oublié mon chapeau, je retourne sur mes pas, décidément j’ai du mal à m’arracher à ce village. Chose incroyable, ce matin en quittant l’épicerie où j’étais venu rapporter les clés la dame m’a dit « A bientôt », j’ai répondu « Ça m’étonnerait quand même » et elle en souriant « On ne sait jamais ». Eh bien elle avait raison !

8h20 me voilà reparti. Cette fois-ci elle m’a dit qu’elle ne me disait plus « A bientôt ». Ouf ! je suis peut-être libéré.

A Jassay je me laisse embarquer par le marquage GR et je perds une demi-heure à retrouver ma route. Dans la campagne des anciens cimetières huguenots.

10h30 je quitte Chenay un tout petit village traversé par la Nationale où il n’y a rien à acheter à manger ; il y a un bien restaurant mais c’est un peu tôt. J’ai bien peur que ce soit ventre vide jusqu’à Melle. C’est de ma faute, je cherche toujours à m’alléger et à m’approvisionner au dernier moment mais ce matin j’aurais dû le faire quand j’en avais l’occasion,  je ne peux pas dire que je n’ai pas été prévenu  !

Le temps est agréable pour la marche, il fait doux avec un petit vent. Si les distances annoncées ne sont pas fantaisistes j’aurais fait plus de 5 km à l’heure !

A partir de la Ripaudière, un peu avant Sepvret, des panneaux en bois pyrogravés indiquent le Chemin.

13h30, je suis à Melle, le temps se couvre. Je sors de L’église Saint Pierre qui est en réfection, à l’intérieur au sol des sarcophages en pierre. Je me renseigne auprès de techniciens qui s’affairent : ils préparent une exposition sur « les épitaphes carolingiennes de Melle » qui commence demain, j’arrive trop tôt.

A l’extérieur de l’église des jardiniers participent eux aussi à ce dernier effort avant l’ouverture de l’exposition, ici on tond et là on manie avec dextérité ce pur produit du génie humain : la soufflette à feuilles. L’employé chargé de ce délicat travail dégage l’allée qui mène à l’église (tout doit être impeccable pour l’inauguration, il ne faudrait pas qu’un officiel glisse !) en repoussant les vilaines feuilles vers le sommet de la pelouse où son collègue les disperse à l’aide de sa tondeuse en attendant que le vent finisse le travail et renvoie les feuilles d’où elles viennent … J’admire, un court moment, ce ballet digne du sapeur Camembert et m’éloigne sans regret de ce vacarme inutile.

En ville je trouve un restaurant avec un menu à 10 euros puis je me rends à l’Office de Tourisme pour voir si une place est libre dans le gîte communal. J’avais envisagé un instant d’aller plus loin mais il faut que je ménage mes jambes, hier l’étape était longue et aujourd’hui je n’ai pas vraiment flâné, de plus cela décalerait toutes les possibilités d’accueil pèlerin. Autant profiter de l’après-midi pour visiter la ville qui a l’air prometteuse.

15h je suis installé dans le gîte d’étape, l’ancienne maisonnette du garde barrière. Il est situé en bordure de la Nationale vers Niort, j’espère que la nuit sera quand même calme. C’est assez rustique, pas très bien entretenu mais il y a tout le confort moderne et pour 6,40 euros on ne va pas se plaindre. Pour le moment je suis seul mais à l’OT on m’a prévenu que quelqu’un d’autre était attendu : 2 pour 4 chambres on ne devrait pas se gêner.

Le ciel est un peu menaçant, par prudence je pars visiter la ville avec ma cape. Très belle ville. L’église de Saint-Hilaire avec sa nef en contrebas m’a particulièrement impressionné. Je passe un long moment à flâner dans les ruelles.

A mon retour je ne suis plus seul, Sylvain est arrivé. On fait connaissance. Ce n’est pas un pèlerin. Il est entre deux logements et va passer ici deux nuits en attendant de trouver mieux. Il a des courses à faire et si je veux je peux l’accompagner au super-marché. Ok, nous voilà partis, je profite de sa voiture et cela me fait tout drôle de me retrouver là-dedans. Je m’achète des gâteaux et des sachets de café en poudre pour mon petit déjeuner, cela me servira plusieurs jours.

Sylvain a besoin de parler, à mon tour d’écouter. Il a eu un parcours assez chaotique, muni d’un BTS genre « sciences de la nature » il a eu plusieurs emplois, à l’ONF, garde-champêtre, etc … mais rien qui  le satisfasse vraiment. Aujourd’hui il veut se lancer dans la « naturopathie » dont il a trouvé une formation payante : 9000 euros en 3 ans, 45 stages de 3 jours. Il a contracté un emprunt et pour pouvoir vivre et se payer ces études il a pris un job aux abattoirs. C’est très pénible. Les horaires d’abord, 4h30 à 16h ; le travail lui-même, débiter au couteau des paquets de boyaux qui vous arrivent au rythme de 180 à l’heure, ouvrir puis retourner l’estomac dont de temps en temps le contenu vous saute à la gueule ; et pour en finir l’ambiance très « rustique » de ses compagnons de galère. Le travail est très répétitif, toujours le même geste à une cadence élevée, tous attrapent des problèmes tendino-osseux et beaucoup pour tenir le coup abusent de la bouteille. Pas facile. Pas des boulots choisis par vocation. Mais il s’accroche, il a son objectif, même si là aussi il a des doutes. Et si c’était une arnaque ? Est-ce un bon choix ? Il n’a pas encore commencé les stages, en attendant il bosse sur des bouquins. Bref ça tourne là-dedans. Il me demande mon avis, me fais lire des prospectus, mais je ne peux pas beaucoup l’aider c’est un domaine qui m’est étranger. Je lui suggère quelques pistes générales : trouver et interviewer des ancien élèves par exemple. Il y a déjà pensé mais c’est difficile de se faire une opinion, certains ont fait leur trou, d’autres végètent …

Nous allons diner ensemble dans une pizzeria, décidément cela va devenir un tic. En route Sylvain me nomme toutes les fleurs ou arbustes que nous rencontrons et me décline leurs propriétés médicinales. Plus que des connaissances livresques je sens une vraie passion. Près du gîte un noyer. Je lui parle de cette vieille croyance comme quoi il ne faut pas dormir sous ce type d’arbre sous peine d’être malade voire pire. Il me dit que c’est en partie vrai, on peut y ressentir un certain malaise provoqué par la « juglone » une substance qu’il exhale, légèrement toxique mais en aucun cas dangereuse.

Nous rentrons assez tôt, Sylvain doit se lever pour 4h30. Nous avons chacun notre chambre, avant d’éteindre, je lis quelques pages d’un livre que m’a laissé Claude : « La Fée Carabine » de Daniel Pennac. Demain, Aulnay-de-Saintonge à 32 km où il y a un refuge pèlerin, je n’ai pas réservé, pas de risque de surpopulation pèlerine.

418 kilomètres parcourus depuis Auffargis

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