Poitiers

Poitiers

Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, via turonensis puis Camino Norte

13e jour : Saint-Jacques-de-Compostelle est à 1449 kilomètres
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Lundi 31 août 8h30 nous quittons « La barque » à Naintré. L’accueil était plus que chaleureux, il était émouvant. je ne regrette pas le petit effort supplémentaire qu’il a fallu faire pour arriver ici. Ce soir nous ferons étape à Poitiers à environ 30 km. Sur les conseils de la présidente et de Marie nous ne rejoignons pas le Chemin en revenant sur nos pas, nous allons le rattraper du côté de La Varenne en suivant des petites routes. Il fait un peu frais mais moins qu’hier, Claude n’a pas mis sa polaire.

9h45 nous retrouvons le Clain peu après Beaumont.

10h nous avons rejoint la voie romaine du côté de la Varenne mais, petite déception, elle est goudronnée.

11h petite pause à l’abri d’une haie le long de la voie romaine qui est redevenue un simple chemin. Il n’y a pratiquement aucun arbre et le trajet se déroule en plein soleil, en pleine chaleur.

12h30 pause casse-croûte sous un cerisier, pratiquement le seul arbre aux alentours, à la sortie de Saint-Georges-les-Baillargeaux, un peu à l’écart du Chemin, où nous nous sommes ravitaillés dans un supermarché. En dessert je déguste une de mes gourmandises préférées : une énorme grappe de chasselas. Même si l’étape est un peu longue nous prenons notre temps, nous faisons provision de fraîcheur tout en continuant à partager nos expériences de la vie.

Nous repartons sous un soleil de plomb, il reste environ 12 km avant Poitiers. La chaleur est épouvantable et Claude commence à être exténué.

La traversée de l’agglomération de Poitiers semble interminable. Près du centre ville nous rejoignons le Clain vers 19h et décidons de remettre à demain la visite de la cathédrale. Nous prenons la direction de notre étape de ce soir en suivant la rivière par un sentier promenade très agréable.

Annick et Alain étaient un peu inquiets de nous voir arriver si tard, complétement déshydratés et brûlés par le soleil. Ils ont une maison telle que je l’aurais rêvée, très lumineuse avec ses grandes baies vitrées, très fonctionnelle avec des pièces spacieuses, pas un très grand jardin mais une magnifique terrasse, où nous prenons le repas, et une piscine. Ce soir il fallait bien ça, je m’y sens bien. En fait on bouscule un peu nos hôtes, demain ils partent de bonne heure pour une randonnée à vélo en Alsace. Ils ont eu la gentillesse de retarder leur départ pour pouvoir nous accueillir. Ils nous proposent de faire une lessive. Ce n’est pas de refus, les petits lavages à la main ne sont pas toujours très efficaces. Aujourd’hui c’est du « refuge » 5 étoiles. A superbe maison, superbes hôtes.

En cours de route, pour simplifier Claude et moi avons réglé tour à tour les dépenses, l’un payant un jour l’hôtel, le lendemain l’autre payant le restaurant et ainsi de suite tout en tenant un état des dépenses. Ce soir en faisant la balance nous avons la surprise de constater que nous avons dépensé la même chose à moins d’un euro près ! Ça c’est le sens de la répartition.

Demain Claude prend le train pour Paris et moi je pars pour Lusignan à un peu moins de 30 km. Je n’ai encore rien réservé, j’aviserai en fonction de ma forme. Ce dernier soir nous poursuivons nos échanges. Lorsqu’à de nombreuses reprises j’avais essayé de partager avec lui mes émotions « du Chemin » il ne voyait en moi qu’une espèce d’illuminé et n’arrivait pas du tout à comprendre ce que je voulais lui communiquer, depuis notre discussion avec Jean-Luc, la différence mais aussi la convergence de nos points de vue lui a permis de percevoir, un peu, ce que nous ressentions ; avoir parcouru lui aussi un bout du Chemin l’a probablement aussi aidé à mieux nous comprendre. Avant ce compagnonnage nous nous entendions bien, mais j’ai le sentiment que ces quelques jours nous ont beaucoup rapprochés. On ne peut véritablement partager certaines impressions, certaines émotions qu’avec ceux qui ont vécu une expérience similaire.

378 kilomètres parcourus depuis Auffargis
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11 commentaires sur “Poitiers”

  1. Pierre

    Pour Steven
    Pour quelqu’un qui pense avoir des difficultés à exprimer ce qu’il ressent ce n’est pas si mal. C’est même parfait.
    Merci

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  2. Steven

    Partage
    Re-bonsoir, décidément j’ai l’impression que je vais donner beaucoup de travail à la modération du site à force de commenter partout, hem!
    Bref, là je me devais d’intervenir: je suis parfaitement d’accord avec cette idée formulée par Pierre et qui apparemment fait jaunir les mauvaises herbes, pour moi cette difficulté du partage et cette impression de milieu “fermé” que peuvent donner les jacquets est tout sauf volontaire. J’ai toujours eu le sentiment que la très grande majorité des “pèlerins” que je connais ou que j’ai connus a toutes les peines du monde à retranscrire par la parole ou par écrit la richesse incroyable du Chemin. L’experience du chemin dépasse de très loin tous les efforts que nous pourrons jamais faire pour le décrire, ce n’est donc pas que nous pensons que les autres “ne peuvent pas comprendre” , mais tout simplement que nous ne comprenons pas nous-mêmes tous les tenants et aboutissants du chemin dans nos vies. Pour mon expérience personnelle, je n’ai jamais réussi a parler du chemin à mes proches comme je l’aurais voulu, et je crois, a l’en lire, que Pierre a eu les mêmes difficultés a un moment donné.
    Il n’y a pas plus trivial et concret que le Chemin de Compostelle, et pourtant c’est un condensé incroyable de sensations et d’expériences, une vie dans notre vie. On ne peut pas raconter une vie entière en rendant compte de tout ce que nous y avons fait; c’est ce sentiment là que j’ai quand je parle du chemin à mes semblables…
    Une autre chose qui m’a interpellé juste au-dessus que disait Pierre : si nous déployons tant d’efforts pour parler de notre “camino” c’est aussi pour faire rêver les gens qui nous lisent ou qui nous écoutent, exactement comme nous avons pu le rêver nous-mêmes avant de partir… Je trouve cette réflexion très juste en ce qui me concerne. Mes premiers rapports au chemin ont été des récits de pèlerins proches ou amis et je me rappelle avoir passé de sublimes moments de rêveries en tournant les pages de leurs histoires, sans parvenir a en saisir exactement l’essence profonde….. Ce qui m’a poussé sur la route. Ces lectures que j’ai eues avant de m’en aller, aujourd’hui je réalise qu’elles font partie intégrante de mon chemin, au sens large du terme.
    Je crois bien que l’envie de partager le chemin est très liée a l’envie de faire découvrir a l’autre cette expérience hors du commun et j’irai même jusqu’à dire, liée a l’espoir de pousser quelqu’un sur le chemin de Compostelle.
    Donc, pour résumer, ce partage si difficile que nous vivons lorsque nous sommes rentrés n’a rien a voir avec de l’égoïsme ou de la fierté, c’est exactement l’inverse : nous espérons que l’autre pourra découvrir la même félicité que nous avons eue en marchant sur ce si grand et si étrange chemin…
    J’ai peut être fait trop de généralités à partir de mon expérience personnelle, mais il m’a bien semblé déceler cela chez nombre de pèlerins de Compostelle que j’ai rencontré.

    … Et désolé pour l’indigeste pavé que je viens de pondre, mais j’espère bien que cela lèvera les éventuelles ambiguïtés que l’on peut ressentir a nous entendre relater nos “exploits kilométriques ” a tous vents !

    j’espère

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  3. Hélène

    Sur “no comment”
    Acide je ne sais pas, je ne connais pas “Mauvaise Herbe” mais il est certain que le côté “réservé aux initiés” peut en agacer certains, certains qui ne marchent pas, certains qui ont leurs propres richesses, certains qui n’ont pas “vu la lumière” et qui ne s’en portent pas plus mal… qu’en penses-tu ? Pour un peu on aurait le sentiment que vous évoluez, vous les compostelleurs, en milieu fermé, porteurs d’un léger dédain ou tout au moins d’une légère condescendance pour ceux qui ne font pas partie des élus… Alors je comprends l’agacement.

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  4. Pierre

    RE : No comment
    Mauvaise herbe, toujours aussi acide, j’ai été tenté de répondre à mon tour “No comment”. C’est vrai que ce sentiment est banal, trivial, mais c’est quelque chose que vous avez du ressentir aussi pour des expériences que vous avez vécues.

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  5. Mauvaise Herbe

    No comment….
    “On ne peut véritablement partager certaines impressions, certaines émotions qu’avec ceux qui ont vécu une expérience similaire.”

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  6. Pierre

    Pour Jean
    Tu as raison, c’est comme toutes les drogues sans doute ne faut-il pas commencer pour ne pas être dépendant. Mais on pourrait dire ça aussi de la vie !
    Pour les photos j’en ai pris environ 2500 en 2008 et 3700 en 2009 (pas que c’était plus intéressant mais j’avais pris une carte mémoire avec une plus grande capacité), mais il y a beaucoup de “déchet”

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  7. Jean

    La longue marche III
    je viens de lire la dernière étape du voyage de Bernard Ollivier le long de la route de la Soie, tout en faisant des petits bouts de route avec toi, et je retrouve bien ces mêmes émotions, comme le dit aussi Claude, de vie précaire, de partage, de rencontres, de découvertes, d’efforts,…Est-ce qu’on ressent tout cela quel que soit le parcours ?
    B.Ollivier décrit à plusieurs reprises ses difficultés à terminer le voyage (à Compostelle comme à Xi Men) : Cela prouve sans doute l’intensité de ces émotions, mais aussi qu’il est “dangereux” de commencer ! On devient sans doute un éternel marcheur !
    En tout cas, je comprends que tu as passé beaucoup de temps pour narrer ton voyage : c’est vraiment super ! mieux qu’un livre, puisqu’on a en même temps de très belles photos (au fait tu en prends beaucoup ?)
    A+ Jean

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  8. Pierre

    Pour Irène
    Bien sur quand on relate notre aventure on sent que nos interlocuteurs ne nous comprennent pas vraiment mais nous étions comme ça avant et cela ne nous à pas empêcher de rêver. C’est déjà pas mal si on fait rêver.

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  9. Irène

    Re: Poitiers
    “On ne peut véritablement partager certaines impressions, certaines émotions qu’avec ceux qui ont vécu une expérience similaire.”
    Je suis entièrement d’accord. On peut raconter son périple,les rencontres et diverses anecdotes, mais le ressenti véritable et profond je le partage peu, presque pas du tout

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  10. Pierre

    RE : un chemin d’échanges
    C’est toi Claude qui aurais dû rédiger ces étapes, tu résumes dans ton commentaire tout ce que je voulais transmettre.
    Tu sais combien ta compagnie me fut et reste importante.

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  11. Claude

    un chemin d’échanges
    j’ai pris beaucoup de plaisirs à revivre sous ta plume ces moments d’échanges que nous avons eu entre Amboise et Poitiers. Ce bout de chemin fut une très belle expérience pour moi.
    * j’ai découvert tout d’abord un mode de vie précaire, mais serein, où l’instant présent se suffit à lui même, à l’opposé de notre vie quotidienne; et j’ai compris qu’on pouvait s’y plonger avec délices!
    * j’ai rencontré des gens passionnés par cette aventure à la fois individuelle et communautaire: chacun est face à son effort physique, mais les rencontres nourrissent le partage d’expérience et de pensées entre les pélerins.
    * j’ai aussi approfondi l’amitié qui nous lie grace au temps passé ensemble. il est vrai que dans vie courante on ne laisse jamais le temps au temps pour parler de soi, des autres, de la vie.
    Merci de m’avoir permis de partager ce bout de chemin avec toi.
    Bon courage pour la suite.

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