Récit de mon périple sur la via de la Plata
Voici le récit de ce parcours depuis les plaines surchaufées de l'Andalousie jusqu'au monts celtiques de la Galice.
Sa rédaction est progressive et il vous faudra peut-être patienter pour en connaître la fin ...
Pour mieux comprendre le déroulement de ce parcours vous pouvez consulter la page "Mes étapes sur la via de la Plata".
De Séville à Guillena : 23 km
J'ai quitté l'auberge "Triana Backpackers" un peu avant 8h, l'éclairage urbain venait juste de s'éteindre et le soleil encore très bas diffusait dans le ciel une lueur grise, fausse promesse d'un temps couvert, d'un peu de fraîcheur.
Hier en arrivant à l'aéroport, vers midi, il faisait 33°, une heure après, au centre ville, il s'affichait 36°. Je n'avais qu'une hâte, rejoindre l'auberge pour y troquer pantalon et chemise à manches longues pour une tenue plus légère. J'avais voulu de la chaleur, je n'allais pas être déçu.
De Guillena à Castilblanco de los Arroyos : 41 km depuis Séville
Guillena, jeudi 2 septembre, un peu plus tard.
Il est un peu plus de 14h quand je quitte Guillena en direction de Castilblanco de los Arroyos à 19 km. Bien qu'ayant des provisions dans mon sac j'ai préféré faire la pause dans un bistrot pour y boire frais. Comme d'habitude il était un peu enfumé mais cli-ma-ti-sé, un argument commercial décisif. En y entrant j'avais demandé au patron s'il servait des sandwichs au jambon de pays (jamon serrano) ; me regardant comme si je débarquais de la lune il avait pointé du doigt tout un bataillon de cuisses appétissantes suspendues au dessus du bar, toutes équipées de leur petit réceptacle à graisse par respect pour les vêtements et les boissons des clients. J'étais au bon endroit.
De Castilblanco de los Arroyos à Almaden de la Plata : 30 km
Castilblanco de los Arroyos, vendredi 3 septembre.
Ce matin, impeccable, pas une courbature, le talon droit ne se plaint plus, comme si j'avais fait sauter un verrou. Hier soir j'ai quand même pris un anti-inflammatoire car si le talon faisait profil bas j'ai cru un moment que la tendinite du Chemin du Puy était revenue me hanter. Mais non, tout va bien. Je m'en tire à bon compte car, il faut l'avouer, c'était une vraie connerie de faire cette longue étape un premier jour par cette chaleur. Des passants me lancent des « Buen camino », je leur souris avec reconnaissance, je suis encore sur le Chemin.
De Almaden de la Plata à El Real de la Jara : 17 km
Almaden de la Plata, samedi 4 septembre.
Je quitte l'auberge en direction d'El Real de la Jara à un peu plus de 15 km. Ce n'est pas très loin mais j'ai besoin de me reposer et de me réhydrater. Hier, en arrivant, complètement vanné, je me suis couché pour me réveiller vers 19h. J'ai bu énormément et ce matin je pissais trois gouttes. Pourtant dans la journée j'ai l'impression de passer mon temps à boire, mais cela doit être insuffisant. Pour bien faire il faudrait se ravitailler en route, mais il n'y a rien, en tous les cas hier il n'y avait rien.
De Real de la Jara à Monesterio : 20 km
El Real de la Jara, dimanche 5 septembre.
Il est 8h, la cloche m'accompagne à nouveau ; il y a environ 5 mn que j'ai quitté l'auberge. Il fait jour, la température est agréable. Aujourd'hui je me suis enfin probablement réhydraté correctement car cette nuit il a fallu évacuer le trop plein ; vu ma situation en hauteur et mes faibles aptitudes à la varappe la manœuvre fut acrobatique et a sûrement réveillé mes coturnes d'autant plus que dans la pénombre, au passage du linteau un peu bas de la porte, je me suis pelé le haut du crâne dans un juron à peine étouffé.
De Monisterio à Zafra : 48 km
Monesterio, lundi 6 septembre.
6h15 je viens de quitter l’hôtel, sans regret. Toute la nuit une climatisation s'est déclenchée périodiquement avec un bruit de roadster au démarrage et sans mes bouchons d'oreilles je serais probablement devenu fou. Quant au petit-déjeuner qui, du fait de mon départ matinal, m'attendait au bar dans un sac, il était des plus succincts : un petit gâteau à la confiture, un jus d'abricot et une poire que bien évidemment j'ai gardée pour la soif. Pas de danger que ma volonté faiblisse au contact de tout ce luxe spécial pèlerin. Donc direction Fuente de Cantos à 22 km et, si mon état le permet, je tenterai d'aller plus loin.
De Zafra à Torremegia : 49 km
8h, il fait jour, je quitte l'auberge de Zafra au n°1 de la rue Ancha. Dans l'ensemble c'était assez cossu, une bonne adresse si on exclut la rue bruyante et le petit-déjeuner attrape-nigaud à 2 €. Les chambres étaient immenses, dans la mienne il n'y avait que quatre lits, mais il y aurait eu de la place pour huit. J'avais d'abord cru que je profiterais seul de tout cet espace puis arrivèrent des cyclistes, pas plus antipathiques que d'autres, mais ... en groupe. Tiens ! Quand on parle du loup ! « Buen Camino !», « Buen Camino !», les voilà qui me doublent, l'un d'eux a un petit drapeau portugais qui flotte au-dessus de sa roue arrière.
De Torremegia à Aljucen : 33 km
Torremegia, mercredi 8 septembre
Un peu plus de 8h, je viens de quitter l'auberge de Torremegia. Cette nuit mes jambes étaient douloureuses, raides, et je me suis souvent retourné pour les soulager ; elles se sont heureusement progressivement apaisées me laissant enfin dormir ainsi que, j'imagine, mon voisin du dessous. Ce matin tout est rentré dans l'ordre et l'ampoule est elle aussi en bonne voie de guérison. Malgré un désaccord manifeste entre tous ces chiens qui essayent de m'indiquer la sortie de la ville je finis par retrouver la Via de la Plata en direction de Merida à 16km. Avec son site archéologique d'origine romaine classé au patrimoine de l'Unesco, un peu de tourisme va s'imposer, mais je ne compte pas y dormir, je vise plutôt Aljucen 16 km plus loin.

