Le Mesnil-Saint-Loup

Bercenay-le-Hayer au Mesnil-Saint-Loup

Bercenay-le-Hayer au Mesnil-Saint-Loup

Dimanche 8 septembre.
Huitième jour : Rome est à 1568 kilomètres.

La maison de Pascale et Marc a en grande partie été construite par Marc, l’intérieur est très chaleureux, tout en bois. Il viennent juste de s’inscrire sur le site « Warm Showers », une communauté dédiée à l’accueil des cyclotouristes, heureusement ils ne sont pas sectaires, ils ont fait une exception pour un piéton.

Le soir leurs amis Françoise et Dominique nous ont rejoints. Les hommes se sont connus aux Beaux-Arts ou une école de ce genre et ils partagent une passion pour les débuts de l’aviation, ce qui combiné à mes anecdotes sur Compostelle n’a pas laissé beaucoup de blancs dans la conversation, d’autant plus que, je ne sais pas si ce sont ces longues marches en solitaire, mais dès qu’on m’en donne l’occasion je ne cède pas facilement mon temps de parole. Une excellente soirée pleine d’échanges et de découvertes.

8h30, le ciel est majoritairement bleu, il fait beau.

Je me dirige vers le Mesnil-Saint-Loup, ou plus précisément vers le monastère Notre-Dame de la Sainte-Espérance où je suis attendu. C’est à une vingtaine de kilomètres et je vais donc y arriver très, trop tôt.

Pas de courbature. Parfois les jours précédents j’avais les jambes lourdes le matin, mais aujourd’hui non, peut-être le fait d’avoir passé la première semaine, souvent la plus difficile, celle où on prend son rythme et où le corps et le mental s’adaptent.

Sarcophages, Marcilly-le-Hayer

Sarcophages, Marcilly-le-Hayer

Dans les champs de loin en loin des dolmens. Je prends le temps, j’en ai plus qu’il n’en faut, d’aller en découvrir quelques-uns de près. A Marcilly-le-Hayer, deux beaux sarcophages mérovingiens au pied de l’église Saint-Loup. Un peu plus loin j’essaie d’aller voir les mégalithes dits « Le four gaulois » mais c’est barré : propriété privée. Pour gagner du temps je fais des excursions en remontant le temps.

C’est jour de chasse, je n’entends pas un coup de feu mais des gens en orange stationnent ou patrouillent dans les champs et partout dans la campagne il y a des groupes de voitures sans doute celles des chasseurs. C’est une ambiance toujours un peu stressante, mais j’essaie quand même de ne pas accélérer.

Après l’abandon hier du GR le parcours se fait désormais entièrement sur route, heureusement il n’y a pas une grande circulation, disons une voiture toutes les cinq minutes. Lors des traversées des zones forestières la route est mouillée, cette nuit il a dû pleuvoir. Vers midi, je m’arrête en forêt, de temps en temps je reçois quelques gouttes qui tombent des feuilles lors de rafales de vent. Je déguste un tiers de saucisse sèche avec vingt centimètres de pain offerts ce matin par Pascale.

D’après mes calculs demain il ne resterait que 26 kilomètres pour aller à Troyes chez Agnès et, comme aujourd’hui, ce sera sur route. Espérons qu’en semaine la circulation ne sera pas démente à l’approche de cette grande ville.

Une tentation

Une tentation

À l’entrée du village de Palis il y avait une publicité pour un producteur de cidre local : une petite halte dans un bistrot aurait été bien agréable, mais en route je n’ai rien vu de tel, alors je glandouille allongé sur le terrain de sports. Il est 14 heures et il reste cinq bornes, je pourrais être là-bas vers 15 heures ce qui est encore trop tôt. Je n’aurais pas pu aller en une seule traite jusqu’à Troyes, alors c’est un peu une journée de repos forcé, ou plutôt de lenteur forcée. J’étais bien décidé à « prendre le temps » au cours de ce périple, mais il semblerait que j’aie des progrès à faire pour trouver le mode d’emploi, d’autant plus que cela me donne un léger blues. Bon, j’essaie de tenir une demi-heure puis je repars.

Ça y est je suis au monastère du Mesnil-Saint-Loup, un monastère de bénédictins, où je suis arrivé vers 16 h. Je suis logé dans « l’hôtellerie » où j’ai une chambre pour moi tout seul. Le luxe. Ce soir on m’apprend que l’évêque de Nanterre son assistant et huit autres personnes seront logés ici, il viennent sans doute tous pour moi ! Je pourrai avoir un repas et un petit bout de pain pour le petit déjeuner. C’est sur donation, on donne ce qu’on veut.

Comme on m’en avait déjà informé les vêpres sont à 17h30, et c’est là que me seront données les informations pour le repas. Donc, je n’ai pas trop le choix, mais ce lit vaut bien une messe. En attendant je vais faire ma lessive.

Le monastère, la chapelle

Le monastère, la chapelle

Aux vêpres il y avait beaucoup de monde, la chapelle était presque pleine. Quatre officiants en blanc dont l’un devait être l’évêque et quatre bénédictines, je ne sais pas si elles résident ici ou si elles accompagnent l’évêque, président la cérémonie. Cela a duré une heure, des chants, des psaumes, je suivais le mouvement, un moment de recueillement, de médiation. Après, l’évêque et son groupe sont partis dans une autre salle, on parlait d’apéro, on aurait dit qu’ils étaient en vacances. On m’a donné rendez-vous à 19 heures devant la porte de la chapelle où on viendrait me chercher pour le repas.

A l’heure dite on m’a conduit au réfectoire, où, à ma grande surprise, je me suis retrouvé seul avec trois moines, sans doute ceux qui officiaient aux vêpres. Il y avait deux tables assez grandes, à angle droit, deux convives par table. Pas un mot ou alors parfois chuchotés à mon attention pour me guider dans le protocole. En fond sonore un concerto de Mozart, assez fort pour couvrir tous les petits bruits je suppose. Les plats m’ont toujours été présentés en premier. Le repas a commencé par une sorte de salade avec des miettes de saumon. C’était bon. Au bout d’un moment ils ont repassé le plat, servi en premier je n’avais pas osé en prendre beaucoup et là j’ai pu compléter un peu : heureusement car en fait c’était le plat principal. Ensuite on est passés au fromage. Il y a eu aussi du vin. Les moines servaient. On avait chacun deux assiettes devant soi, une grande et une petite. Quand on a eu terminé le fromage, j’ai imité mes compagnons, mis la petite à la place de la grande après avoir soigneusement essuyé toutes les miettes de la petite qui avait contenu le pain pour les mettre dans la grande qui était donc désormais au bord de la table. Un moine est venu les ramasser, puis ce furent des crêpes à la confiture. Toujours servi en premier, à la deuxième tournée il restait deux crêpes, alors à voix basse j’ai proposé « je les coupe, on partage », et on m’a répondu « non c’est pour vous, vous marchez ».

C’était un peu surréaliste, mais en même temps très chaleureux, très émouvant. Le repas fini nous avons discuté d’une voix normale, du Chemin, de la via Francigena, des pèlerins qui passaient par ici, jusqu’à ce jour tous vers Compostelle, j’étais leur premier (futur) romieu. Ils m’ont encouragé. Il faut bien reconnaître qu’après une journée seul sur les routes, côté conversation c’était un peu frustrant, le repas était lui, il faut bien le dire, assez frugal, mais, je ne sais pas si c’est leur bienveillance combinée au petit blues ressenti en route, j’avoue que j’ai senti une petite larme d’émotion pointer.

Ils m’ont indiqué l’heure des matines. J’ai décliné avec tact cette proposition en prétextant que je partais tôt. Un des moines a insisté, mais celui qui avait l’air d’avoir autorité a dit « Il marche, c’est déjà beaucoup ».

J’ai bien fait de ne pas aller d’une traite à Troyes.

214 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 20 aujourd’hui.

Après ce texte une galerie de photos, un ZOOM sur des curiosités locales et la possibilité de déposer un commentaire.


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