Gy : étape n°15

De Dampierre-sur-Salon à Gy

De Dampierre-sur-Salon à Gy

Lundi 16 septembre.
Seizième jour : Rome est à 1330 kilomètres.

Douillettement installé dans un bistrot, je déguste un chocolat chaud que je fais durer. Chaque nouveau client ou nouvelle cliente lance un « Bonjour ! » en entrant puis fait le tour de l’établissement et tend la main aux personnes présentes, y compris moi. Tout le monde se connaît et je me sens adopté. Quand je suis arrivé on m’a demandé où j’allais comme ça. « Rome », ce qui a relancé les conversations tout autour du comptoir. Un homme vient d’entrer et se dirige droit vers le bar où il commande une bière. Il est trempé, grand, maigre, d’allure sportive, la quarantaine, une boucle d’oreille, un grand bâton de marche en bois et un sac à dos de moyenne contenance. Ce pourrait être un pèlerin. Il ne m’a pas repéré, pourtant je monopolise toute une table et ses chaises sur lesquelles dégoulinent mon sac à dos, ma cape et l’éponge qui d’habitude me fait office de chapeau. Il ne s’attarde pas et ressort dès son demi bu. Un client court derrière lui et le rappelle : il a oublié son bâton appuyé au bar.

A Gy, dans ce café qui fait face au « Gîte de la Fontaine » je prends mon temps et je profite de l’ambiance chaleureuse en attendant l’ouverture à 18 h 15. La journée a été « humide ».

Cette nuit je n’ai pas bien dormi, sans doute à cause de la grosse sieste de l’après-midi. Pourtant mes hôtes ont vraiment donné le maximum pour m’accueillir. Le soir il y a eu ce plateau-repas pour lequel ils m’ont demandé la somme astronomique de cinq euros, puis en attendant que mes chaussures finissent de sécher près de la chaudière ils m’ont prêté des pantoufles. Dans la chambre il y avait du chauffage, à vrai dire pas indispensable, mais bien commode pour faire sécher mon linge. Ce matin au petit-déjeuner avec croissant au chocolat, l’homme m’a tenu compagnie. D’habitude c’est plutôt sa femme qui fait la conversation, mais en ce moment elle est un peu fatiguée. Il m’a raconté qu’il avait été contacté par des sociétés de portage qui lui proposaient d’accueillir des pèlerins dont il devrait  au préalable récupérer les bagages à l’étape précédente. Il a refusé, ça lui aurait pris trop de temps et puis, pour lui, ce ne sont pas des vrais pèlerins. Une fois il a hébergé un cycliste italien qui faisait la Via Francigena et qui était accompagné par sa femme et sa sœur qui le suivaient en voiture, ça ne lui avait pas plu non plus. Il semble content d’avoir avec qui parler, je connais le problème. C’est toujours étonnant tout ce que les gens vous confient sur leur vie. Est-ce parce qu’on ne se reverra pas ? Parce que je suis un pèlerin ? Parce que j’inspire confiance ? Est-ce pareil avec tous ceux qu’ils accueillent ? Ou simplement un petit coup de blues.

Bonjour !

Bonjour !

Il m’a prévenu, entre ici et Gy rien, pas un bistrot, pas de supermarché, alors j’ai refait le plein à l’Intermarché à la sortie de Dampierre, une tomate, une pomme et bien sûr l’indispensable saucisse sèche. Sur cette étape le guide ne suit pas le GR145, il commence par quatre kilomètres en ligne droite assez pénibles sur une départementale, puis il prend des petites routes. C’est peut-être mieux ainsi, car il fait un temps de chien pluie, pluie, pluie et vent, au moins ce ne sera pas boueux et glissant.

Souvent les animaux viennent à ma rencontre ou tournent la tête vers moi à mon approche, à la fois curieux et peureux. Je suis sensible à ces petites attentions lors de ma marche en solitaire. J’aime marcher seul, justement pour ressentir pleinement ces petits moments.

Motey-sur-Saône, un porche accueillant

Motey-sur-Saône, un porche accueillant

Avant Motey-sur-Saône on longe la Saône, à l’entrée du village un lavoir. Comme souvent dans la région on accède à l’église en traversant le cimetière, histoire de nous rappeler ce qui nous attend tous. Son portail est ouvert, mais la nef est fermée par une grille. Je m’assois sur le sol en lorgnant les bancs. C’est toujours ça, au moins ici je suis au sec, à l’abri de cette pluie tenace.

13 h 30, avec mon casse-croûte nous nous sommes réfugiés dans un beau lavoir à Igny. Dans la rubrique « petits pépins » le curseur de la fermeture éclair de ma cape s’est désintégré. Je ne sais pas de quel métal il est fait, mais ce n’est pas du costaud. Je l’ai remplacé par une épingle de nourrice. Cette cape tombe en ruine. Vivement la nouvelle, un SMS m’a prévenu qu’elle m’attendait à Devecey, juste avant Besançon, chez Nathalie et Mathieu, les cousins qui vont m’accueillir demain soir.

Igny, un accueil bienveillant

Igny, un accueil bienveillant

Bon, j’en suis à peu près à la moitié, je quitte le lavoir, je repars, je me rejette dans la froidure. J’arrive à GY à 16 h 30 après une journée pratiquement sans discontinuer sous la pluie. Stormy Weather, Keeps rainin’ all the time…

Au gîte je retrouve l’homme au bourdon. C’est bien un pèlerin. Vu son départ précipité du café j’avais d’abord pensé qu’il se dépêchait pour rejoindre un accueil un peu plus loin. C’est un Allemand alsacien. Il compte faire le Chemin de Compostelle par Vézelay puis le Camino Norte, par tronçons. Il est marathonien, il marche à cinq kilomètres heure que ça monte ou que ça descende, et fait des étapes de quarante-quatre kilomètres. Du coup je lui demande quel est son temps au marathon. Il me répond, « cela va vous faire peur, 2 h 58 ». Ce n’est vraiment pas mal, même si après sa mise en garde je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant.

En ce moment c’est une sorte de galop d’essai. Il va tester sa méthode jusqu’à la gare d’Avallon, un peu avant Vézelay, et l’année prochaine il repartira jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. Sa femme l’attendra du côté de Moissac où ils ont une maison, ainsi quand il sera dans la région il pourra chaque soir y retourner pour se changer. Il a tout planifié, toutes les étapes. Un gars hyper organisé. À chacun son Chemin.

Le gîte lui aussi est bien organisé, un repas pour deux nous attendait dans le frigo : une grosse soupe, de la salade chou-fleur-tomate, des pâtes à cuire, du saucisson sec à l’ail, les sauces qui vont bien, yaourt et poire. C’était copieux, on n’a pas tout mangé, d’autant plus que mon compagnon n’a pratiquement rien consommé, en fait il mange le matin, il transporte son jambon personnel qu’il découpe en petites tranches au fur et à mesure. Très, très organisé, même si à mon avis son régime manque un peu de glucide, de sucres lents.

On a dormi chacun dans un des deux dortoirs du gîte. Ils étaient chauffés : demain tout sera à nouveau sec… comme si de rien n’était.

459 kilomètres parcourus depuis chez moi dont 27 aujourd’hui.

Ci-dessous une galerie de photos, d'éventuelles précisions sur des curiosités locales et la possibilité de déposer un commentaire.


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