Vers Rome : Arbonne-la-Forêt à Ecuelles

Mercredi 4 septembre

Décidément il faut que je me remette sérieusement dans le bain j’ai perdu une chaussette qui finissait de sécher sur le sommet de mon sac à dos. Elle devait être mal attachée. L’erreur du débutant. Cela va me compliquer la vie, mon unique paire de rechange se trouve dépareillée, inutilisable.

Hier, comme souvent quand j’arrive tôt, je me suis senti un peu désœuvré. Une fois la lessive faite, j’ai lu un peu, trié mes cartes et réservé mon prochain hébergement, ce sera une chambre d’hôtes à Écuelles à une vingtaine de kilomètres que j’avais repérée en préparant mon voyage. Elle est libre. Une étape très raisonnable.

La nuit a été très calme, mais je ne dors pas bien ou plutôt dans un demi-sommeil, probablement le signe d’une sollicitation inhabituelle de l’organisme. Mais, ce matin, je suis en pleine forme. J’ai quitté le gîte à 8h30, j’ai le temps, d’autant plus que mon hôtesse ne sera pas chez elle avant 17h30.

J’avais prévu de suivre les Gorges de Franchard, un profil facile, mais distrait par la perte de ma chaussette, je me suis retrouvé à crapahuter dans un chaos de rochers où j’ai même atterri sur les fesses en roulant sur un caillou.

En chemin petit détour par l’« Antre des druides », nom qui évoque une caverne, mais en fait ce sont des grottes formées par des roches en surplomb. De nombreux rochers aux formes étranges parsèment les alentours. L’ensemble dégage une ambiance sauvage confirmée par de nombreuses traces de sangliers le long des sentiers.

Il fait très beau et même un peu chaud et j’écourte les pauses car si on ne bouge pas on étouffe. Est-ce de la fatigue ou une erreur dans mon estimation des distances, les kilomètres me paraissent longs ? Quoi qu’il en soit, aujourd’hui je vais franchir mes premiers cent kilomètres.

Je sors de la forêt par la Route du Chêne feuillu. J’enjambe le talus qui borde la Nationale et me dirige vers Veneux-les-Sablons puis vers Moret-sur-Loing, très belle ville, ancienne. Un petit groupe de canoës descend le rapide sous le pont qui enjambe le Loing. Deux d’entre eux chavirent et se retournent déclenchant le rire des passants. Les pauvres ! Heureusement pas de mal, arrivés de l’autre côté du pont ils ont la tête hors de l’eau.

En ville je croise un magasin de sport. Il ne vend que des articles de chasse et aucune chaussette. Il m’indique la proximité d’une grande surface « à moins de 10 minutes »… en voiture.

Arrivé à 16h chez mon hôtesse je l’attends comme convenu confortablement installé dans son jardin et j’en profite pour préparer mon étape de demain. Rien ! Les rares chambres d’hôtes de la région sont fermées ce que m’ont confirmé les mairies que j’ai appelées. Rien, il n’y a rien. Bien sûr je pourrais aller le nez au vent, arriver dans un village, frapper aux portes et demander « Est-ce que vous auriez une petite place où je pourrais passer la nuit ? ». Certains pèlerins le font, mais je n’ai pas cette audace, ou plutôt, il faut bien l’avouer, il me faut un minimum de confort. Je ne veux pas prendre le risque de me retrouver à la belle étoile. Il faut assumer. Demain ce sera donc environ 40 kilomètres pour aller jusqu’à Pont-sur-Yonne où Ramon viendra me cueillir pour m’emmener chez lui à Sens où il a gentiment proposé de m’accueillir. Dommage, je commençais à prendre goût aux étapes courtes.

Après m’être installé dans ma chambre avec un grand lit et où tout est abondant, serviettes, savons… je repars explorer Moret-sur-Loing, à un peu moins d’une demi-heure de mon gîte. Le Loing y serpente au milieu de ruelles anciennes et de monuments intéressants dont la mairie avec sa façade François 1er, la porte de Samois où un boulet destiné à Napoléon s’est incrusté en 1814 et, petit clin d’œil, l’église Notre-Dame qui aurait été consacrée au XIIe siècle par Thomas Becket archevêque de Cantorbéry alors en exil.

Au niveau restauration c’est moins enthousiasmant surtout au niveau des tarifs. Je me rabats sur une crêperie, cela changera de la pizzeria d’hier, mais j’aurais préféré une bonne platée de nouilles.

Rentré de mon excursion vers 21h30, la chaleur dans la chambre est à peine supportable et j’entrouvre mon Velux pour avoir un peu d’air. En pleine nuit des bruits de portières qui claquent me réveillent. Je m’approche du bord de la fenêtre. Dans la rue des gens discutent autour d’un 4×4 haillon arrière levé. Je me fais un film : suis-je témoin d’un trafic ? Je recule prudemment dans l’ombre de la chambre et enfonce mes tampons d’oreille. Il faut que j’arrive à dormir, demain l’étape sera longue.

Il reste 1649 kilomètres à parcourir pour atteindre Rome.

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