Jeudi 15 octobre, je suis à Santiago, dans la cathédrale. Ce matin nous sommes partis Margot, Jacques et moi à 6h30 en suivant de nuit, comme je l'avais fait l'année dernière, la grand-route jusqu'à un rond point un peu avant l'aéroport où nous avons récupéré le Chemin pour arriver à Saint-Jacques vers 10h45. Après avoir réservé nos places à l'auberge du petit séminaire et y avoir déposé nos sac, l'accès aux dortoirs n'étant possible qu'à partir de 13h30, nous avons été récupérer nos Compostellas à la Maison des pèlerins pour être ici à midi, heure de la messe quotidienne des pèlerins.
Il y a un monde fou. Nous avons eu du mal à trouver une place et sommes tout au fond où nous ne voyons pas grand chose d'autant plus qu'un échafaudage, probablement destiné à l'entretien de l'orgue, obstrue toute la partie droite de la nef. Cela me semble moins grandiose que la dernière fois, avec moins de pompe. Peut-être le faste du cérémonial dépend-il du calendrier liturgique. Il me faut attendre la magie des chants, le balancement majestueux et impressionnant du Botafumeiro pour être enfin envahi par l'émotion. A la fin de la cérémonie Margot me signale avoir aperçu Kristine de l'autre côté, au pied d'un pilier. Je ne la retrouve pas, je ne la reverrai plus.
Nous avons ensuite été prendre un pot à la terrasse ensoleillée d'un bar où nous a rejoints Annie, une amie rencontrée par mes compagnons sur le Chemin, en France, arrivée à Santiago la veille. Elle porte la partie ventrale d'un sac ultra léger proposé par une marque spécialisée dans ce type d'équipement et qui a mal résisté au voyage. Tenté un moment par cet article lors de la préparation de mon périple, son prix m'avait dissuadé d'autant plus que je n'avais pas trouvé de point de vente proche et qu'il aurait fallu que je l'achète par Internet sans le voir, le toucher ou l'essayer en magasin. Apparemment, bien m'en a pris.
Rendez-vous est pris pour manger tous ensemble ce soir. Chacun s'égaille ensuite pour régler ses problèmes logistiques. Eux comptent rejoindre la France demain par le bus. Pour ma part je dois préparer l'arrivée d'Hélène, je nous imagine mal au milieu du dortoir, je trouve et réserve pour le 17 une « pension » très simple à 30 euros la nuit dans la Rúa Nueva en plein cœur de la vieille ville. Un SMS de Christian m'annonce qu'il devrait lui aussi être là samedi. La journée s'écoule à ré-arpenter la ville, écrire puis envoyer (cette étape n'est pas négligeable compte-tenu de la longueur de la queue à la Poste pour se procurer des timbres) un monceau de cartes postales, publier sur mon site un article signalant mon arrivée, répondre à mes mails. Le temps est magnifique, il fait doux.
Vendredi 16 octobre 10h15. Il fait assez froid mais le ciel est d'un bleu resplendissant, je me réchauffe au soleil, appuyé à un pilier des arcades de la Place de l'Obradoiro, face à la cathédrale qui se remplit. Il y a beaucoup de monde, les pèlerins affluent à pied mais surtout par cars entiers, parfois en fauteuils roulants accompagnés d'infirmières ou de bonnes-soeurs. Je guette l'arrivée d'anciens compagnons de route. Il faut aussi s'occuper, passer le temps car, ce matin, après un réveil obligatoire à 7h20 par un allumage brutal de toutes les lumière nous avons tous été virés de 9h30 jusqu'à 13h30 pour cause de nettoyage. C'est le gros inconvénient de cette auberge qui par ailleurs est assez bien située, je dis assez bien, parce qu'elle est sur une colline voisine à celle du centre historique et il faut donc avoir les jambes encore solides pour y accéder.
Hier soir avec Annie, Margot et Jacques nous avons été déguster des poulpes, une spécialité galicienne, en fait Jacques, lui, a été rebelle et leur a préféré des sardines. Nous avons largement arrosé notre réussite et mon anniversaire imminent. Une soirée très sympathique, émouvante, conclue par de grandes embrassades. Ce matin ils sont partis, nouvelle émotion, nouvelles embrassades et Margot, un peu bouleversée, n'arrivait pas à s'arracher. Les SMS et les coups de fil de « bon anniversaire » se succèdent ; le premier venait de Christian : le pèlerin est matinal.
En déambulant, j'aperçois une pension juste à côté de la cathédrale, « Peut-être est-elle mieux que celle que j'ai retenue ? ». Je monte et me retrouve nez-à-nez avec Cleria, l'Argentine, et sa troupe d'Espagnols, qui dévalent l'escalier, ils vont rejoindre leur bus. Nous nous embrassons avec de grands sourires et éclats de voix. La jeune femme timide et farouche est métamorphosée, nous sommes désormais compañeros del Camino. Ils ne sont pas en avance mais elle prend le temps d'interroger pour moi la patronne. En définitive il n'y a pas ce que je recherche mais j'ai vraiment été bien inspiré de pousser cette porte.
13h10 je sors de la cathédrale où je viens d'assister à la fin de la messe qui avait beaucoup plus d'éclat qu'hier avec des officiants plus nombreux et en rouge ; c'était encore bondé et le cérémonial de l’encensoir m'a à nouveau déclenché une émotion intense, lacrymale, cela tend au réflexe pavlovien. Je fais le tour de la place, au cas où, et je tombe sur Robert le cycliste. Congratulations. Il est basé à Monte del Gozo, à 5 km, d'après lui, avec le vélo, ce n'est pas si loin et c'est plus commode pour le garer la nuit. En ville, il a rencontré Bastian qui s'est offert une petite pension, ils ont rendez-vous ici ce soir pour aller manger. Je m'invite.
Le soir comme prévu nous nous retrouvons tous les trois, et partons explorer les quartiers modernes autour de la vieille ville. Les tarifs y sont moins élevés mais nous tombons dans le grand ordinaire, pizzeria, « platos combinados » et autres services rapides. Peu importe, rien ne nous gâchera notre plaisir, nous fêtons notre arrivée au but ainsi que mon grand âge.
Samedi 17 octobre il est 10h30 je suis devant l'entrée latérale de la cathédrale, sur la Praza de Inmaculada, celle qu'on découvre en premier en arrivant par le Camino Frances. Christian est parti lui aussi ce matin de Pedrouso et il ne devrait pas tarder. J'aime voir le regard des pèlerins d'abord attiré par le bâtiment inondé de soleil qui fait face à la cathédrale, puis qui se tourne vers la vieille dame, plongée dans l'ombre à cette heure, envahie par la mousse et les végétaux ; un petit instant de déception à la voir si sombre fait bientôt place à l'incrédulité « J'y suis ?», puis le visage s'éclaire,« J'y suis !», en fait ils ne savent pas encore qu'il faudra descendre sur la grande place pour la découvrir dans toute sa majesté même si ce n'est que sous le soleil couchant qu'elle s'illuminera. Je vois passer Martin qui a l'air d'avoir retrouvé la forme, nous échangeons une accolade, puis une jeune femme Espagnole se précipite vers moi avec un grand sourire, nous nous embrassons pendant que je rassemble mes souvenirs, ça y est j'y suis, nous nous sommes rencontrés à Ribadeo et elle voyage avec sa sœur.
Un peu plus tard, j'aperçois Christian au loin, je m'écarte pour ne pas empiéter sur ses premières impressions, ses premières émotions d'être enfin au terme de ce si long voyage. Après l'avoir suivi des yeux un moment je le rejoins sur la grande place. Retrouvailles. Je le guide dans la cathédrale, puis dans la ville où je me sens désormais un peu chez moi.
Hélène arrive en fin d'après-midi, elle n'a pas trouvé le trajet, d'environ 24h depuis Paris, trop épuisant, il y avait même semble-t-il une bonne ambiance à bord. Je fais à nouveau les honneurs de la cité. Le soir nous nous retrouvons tous les trois pour une soirée animée et joyeuse avec promesses de se revoir dès que possible en France ou au Québec. Le lendemain, retour à la cathédrale pour initier Hélène au rite de la messe des pèlerins. Pendant la cérémonie subitement apparaît Norbert, sac au dos, présentations et nouvelles embrassades : « A bientôt sur Internet ! ».
Mon «village» sur ce Camino n'était pas très grand, mais très chaleureux. Je suis sûr que beaucoup des contacts pris perdureront.
Bientôt ce sera la dispersion, Christian continuera sa découverte de l'Europe par un petit détour au Portugal, pendant qu'Hélène et moi explorerons les alentours en voiture : Fisterra, Muxia, La Corogne, Lugo, Sobrado avant le retour pour Paris en bus.
Comme sur le Chemin, j'ai parfois éprouvé une certaine lassitude à relater ce périple, mais à chaque fois que je reprenais le clavier j'étais à nouveau transporté sur les sentiers et les routes où je retrouvais mes compagnons de voyage, les paysages et mes émotions, et c'était comme une redécouverte que j'espère réussir à vous faire partager, à vous tous qui avez déjà vécu cette aventure, à vous tous qui allez la vivre un jour prochain et surtout à vous tous qui rêvez de la vivre mais qui pour une raison ou une autre ne pourrez jamais le faire.
Buen Camino sur le chemin de votre vie.
Pierre ALGLAVE



Commentaire #1 du : Thu 14 April 2011, 12:57:23
Commentaire #2 du : Thu 14 April 2011, 13:09:19
Commentaire #3 du : Thu 14 April 2011, 13:26:52
Commentaire #4 du : Thu 14 April 2011, 13:32:29
Commentaire #5 du : Thu 14 April 2011, 23:26:43
Commentaire #6 du : Fri 15 April 2011, 13:51:24
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Commentaire #13 du : Tue 01 November 2011, 09:54:59
Commentaire #14 du : Tue 01 November 2011, 10:02:02
Commentaire #15 du : Sun 29 January 2012, 15:44:29
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Commentaire #18 du : Sat 04 February 2012, 13:15:41
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